[Humeur] Cannibalisme contemporain

 

Head Of A Dead Man Joel Peter Witkin

Le cannibalisme n’a jamais disparu, nous avons même rajouté des assiettes supplémentaires. La race blanche esclavagiste a toujours souligné ses exploits d’exterminations, sa lutte courageuse contre les indigènes dévoreurs de têtes, son combat pour éteindre l’espèce qui – chaque vendredi – échafaudait un barbecue géant au milieu de la plage avec avant bras et mollets sucrés sur la carte des desserts.

Pourtant, chaque jour que dieu fait, nous aimons nous farcir notre voisin de palier, notre collègue de bureau ou n’importe quelle tête de turc présent sur l’étalage. Le dimanche étant resté pendant des siècles, la journée des grands banquets.

Hobbes disait : « L’homme est un loup pour l’homme ».

L’individualisme n’a fait que le confirmer. En effet, aujourd’hui, la meute de loups est bien dressée pour dévorer le premier à mettre la queue entre les jambes, à avoir le pelage moins soyeux ou la truffe sèche.

Le paradoxe s’établie alors, car c’est lors des buffets où les railleries sont servies à volonté que les amitiés se créent. On se rencontre derrière le dos de sa proie, celle qui fera tout le repas, pour mieux lui planter nos canines acérées dans son dos plein de bourrelets ou se coincer une molaire entre deux côtes trop apparentes.

L’espèce humaine crée ses liens grâce aux défauts, aux reproches mal avalés, aux physiques démesurés, aux allures trop assumées de ses comparses. Nous avons peur d’autrui. Quand papa n’est pas là, nos petites dents jouent des maracas, si l’inattendue survient, on ouvre les vannes et c’est l’inondation générale.

Alors, comme les ainées nous l’ont enseigné, la meilleure des défenses reste l’attaque. Se défendre contre les amas de graisse, les sacs d’os, les hommes invisibles lorsque que l’on est une meute de franges gâtées, une tribu de smokings King Size ou l’armée des douze nymphes, représentent un combat dont on se délecte sans fin. Les visages sont barbouillées de maquillages, avoir une couleur sauce andalouse fera frémir nos adversaires lorsque nous les citerons, les cheveux sont gominés, les fers à lisser chauffés à bloc, les visages frais, la frange taillée et les langues aiguisées. La lutte peut commencer, le principal étant que l’adversaire n’ait pas été informé.

Le génie de l’espèce humaine réside dans le fait qu’elle peut construire ce qu’elle veut sur n’importe quels terrains. Au Moyen Âge, les bâtisseurs se voyaient patauger dans des marécages fumants, empestant la maladie et les viscères de grenouille pour ériger des forteresses, qu’importe le nombre de tentatives.

Aujourd’hui, notre société est échafaudée sur les bases d’un individualisme cannibale où les moqueries et les dénonciations sont les catapultes de l’ascension sociale. Le lien social lui-même nait souvent d’un accord sur le caractère détestable de la fille qui a un avis sur la question ou à partir de l’odeur de transpiration du stagiaire.

Comment nous en vouloir, ces brebis tombent si facilement. Leurs armes nous les utilisons contre elles, un reproche sur des cheveux graisseux atteindra en plein cœur l’animal, alors qu’un effleurement de ces mêmes cheveux ne nous fera que retrousser la narine. Notre tactique est infaillible : rester dans l’ombre pour mieux détester. Les plus courageux murmurent suffisamment fort pour que la bête pestiférée puisse ressentir la rumeur qui s’étend sur elle. C’est là l’ultime orgasme pour les assaillants, mettre sa proie dans tous ses états pour qu’elle sente le danger dans son dos, une présence cachée derrière des cahiers, une tasse de café ou camouflé par ses alliés. La sensation de pouvoir est alors intense, la domination se fait ressentir, heureusement nous sommes les dominants.

Ces mêmes dominants qui n’oublient jamais leurs miroirs de poche, qui n’osent pas sortir lorsque le soleil a tapé trop fort sur leur petits nez tout pelés, qui gerbent pour garder la ligne, qui se masturbent treize fois par jour, qui se cachent pour fumer, qui se font accompagner par papa chez la vilaine banquière, qui pensent aux implants capillaires, qui craignent leur passé …

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  1. Donc, si l’on suit cette distinction, il faudrait parler des Azteques et des Tupi dans l’article Cannibalisme, et des peuples barbares de la mythologie grecque dans l’article Anthropophagie.

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