[Humeur] Le pouvoir du personnage

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Toute la sagesse de l’écriture est de se détacher de son propre pouvoir. Il y a dans le travail de l’écrivain un exercice du péril et de l’attachement ; on le nourrit, on le porte, on le désire, on l’écarte.

Les faiseurs d’histoires sont comme les faiseurs de pluies ou les voyants. Ils construisent leur puissance d’incantations, d’évocations ou de croyances. Cependant, dans l’aventure d’une histoire, le plus compliqué est la tournure que les choses prennent lorsqu’on les évoque.
Un livre est à l’image de l’existence. Un début et une fin. Et l’entre deux, ce qui se passe entre l’Alpha et l’Omega, c’est sans doute, à la fois, le plus beau et le plus dangereux.

Une histoire comme une existence se construit sur des rencontres, des personnages, des éléments qui interviennent, s’entrechoquent et s’estompent. Puis, il y a ces personnages qui marquent les histoires, par leur rôle, leur caractère, leur profondeur et logiquement par leur valeur narrative. Ces personnages dont je parle, ce sont les personnages qui deviennent eux-mêmes grammaire du récit, grammaire de l’existence. Ils possèdent aussi une sorte de pouvoir ; ils agissent eux-mêmes sur l’histoire, sur le rayonnement hic & nunc, in and out du récit. Mais pas seulement…

Depuis plus d’un an, je me suis amusé à inventer des personnages : Brett (de mon premier roman Jeunesse Maelstrom) ou James Du Candel. Le premier est bien différent du deuxième. En effet, Brett est plus ou moins le personnage-reflet de mon adolescence, tandis que James Du Candel est une personnalité inventée ex nihilo.
Je me questionne beaucoup aujourd’hui sur – même si le terme n’est pas bien choisi – la sémiotique de mes personnages. Je me questionne sur leurs vies dans l’histoire mais aussi à comment seraient-ils dans la vie réelle?
Par exemple, lorsque je bois un café, je me demande ce que Brett et James feraient à ce moment précis. Est ce qu’ils mettraient un ou deux sucres dans leur tasse de café ? Peut-être plutôt du thé pour James ?

Il y a au delà de l’histoire, lorsqu’on écrit, une obsession à savoir ce que nos personnages pourrait bien faire s’ils étaient réels. Comme si le personnage avait soudainement lui-même un pouvoir sur celui qu’il avait créé, un pouvoir d’évocation, d’incantation, comme je le disais plus haut. Je ne sais pas si c’est le cas pour tous les écrivains mais c’est en tout cas le mien.

Peut-on alors, par obsession pour l’un de ces personnages, devenir complètement comme lui ?

Les individus d’aujourd’hui jouent bien des rôles, vivent souvent à travers des représentations, portent des masques qu’ils se sont eux-mêmes créés. Je me demande donc si l’écrivain peut-il, disons, par transformation professionnelle, devenir le personnage qu’il a inventé ?
Et c’est donc là, tout la sagesse de l’écriture, je pense : celle de garder cette fine distance entre soi-même et son personnage, assez fine pour que le personnage devienne fort et puissant au niveau narratif sans que l’on glisse vers sa réelle représentation.

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  1. Francis Froschard

    Bonjour

    Je suis secrétaire de l’association METZERVISSE Village Lorrain.
    Nous organisons chaque année « La journée du Livre jeunessse ».
    Cette année ce sera le 20 novembre.
    Seriez-vous disponible pour venir présenter votre livre ?
    15 auteurs au moins seront présents. C’est mon fils Rémi Froschard qui m’a parlé de vous.

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