[Humeur] Le mausolée

 

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Image ©Brice Reiter

Mon imagination est comme ce terrain vague et vaste que l’on connaît tous, sauf que sur le mien j’y bâtis des possibles teintés de vécu. Ce vécu est bourré de fantômes et de sorcellerie. Quand j’écris, je m’habille d’une chair tiède que j’ai déjà portée. Je grimace mal à l’aise.

L’écriture m’effraie autant qu’elle me séduit. J’ai toujours cette crainte de marcher trop loin sur ce terrain vide et ne jamais pouvoir rebrousser chemin.


Ces derniers jours, je n’ai pas écrit. J’ai gribouillé des textes. Ma chambre est un cimetière de pensées malades et de maux d’esprit fumants. Lorsque je ferme les yeux, j’ai le sentiment que ce sont des petites flammes, comme des feux follets, qui, si je ne les ramasse pas, s’éteindront à jamais. Il y a du papier partout. C’est un champ de bataille où chaque corps tombé est un brasier ardent.

Dernièrement, j’ai ce bouillonnement assez boulimique d’écrire et de dessiner. Je me sens pollué par mes pulsions créatives à tel point que j’angoisse et ne dors plus les nuits. Alité dans mon lit, j’essaie pourtant de m’endormir, mais seul mon regard fixe le plafond, plongé dans ce paysage lointain où je peux m’échapper et fuir. Je cours souvent là bas, heureux de liberté, mais je retombe toujours dans ce précipice qu’est le monde réel. J’angoisse. J’ai beau essayé de classer mes émotions, structurer ma pensée et invoquer le calme, rien n’y fait. Je le sens parce que je le sais ; ça me bouffe et ça me tue.

Quand j’écris, je ne suis pas seulement sur cette terre inconnue, je suis aussi face à cette brume que je connais. Celle-ci même qui m’entoure et m’étouffe à chaque fois.

Cette brume je la connais car je la ressens, comme dans ce rêve que je fais parfois. Ce cauchemar où je me réveille à l’intérieur de moi, où j’appelle à l’aide car je sens que quelque chose à l’extérieur est sur le point de mourir et disparaître. J’ai fait ce rêve cette semaine. Je me suis réveillé d’un sursaut libérateur, la gorge tellement nouée que je suffoquais.

Je suis sorti ensuite. Il était quatre heures du matin. J’ai fait le tour d’un pâté de maison. Je voulais m’assurer que je respirais toujours.

J’ai ce besoin récurrent de m’exorciser de mes propres mouvements d’âmes. Si je ne le fais, je me perds et m’égare. L’unique remède est l’écriture ou l’art. Mais, ce sont également les choses qui stimulent mes démons. En dépit ou grâce à eux, je peux créer beaucoup, dans une proportion qui je pense peut dépasser l’entendement. Par contre, si je ne garde pas un certain contrôle sur cette folie créative, je sais pertinemment que je n’y reviendrai jamais.

Alors suis-je vivant ou mort? Peut-être que je suis vivant mais que je crée tout cela dans mon propre mausolée.

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  1. Caroline

    Ce passage donne envie de découvrir la suite.. le tome 2 est deja en vente ?

    • bricereiter

      Merci pour votre commentaire Caroline!
      Je suis en train d’écrire la suite de Jeunesse Maelstrom. Je termine actuellement un petit recueil de poèmes et une pièce de théâtre. Le tome 2 avance, doucement mais sûrement. D’ici peu, j’aurais plus de temps pour lui accorder mon imagination.

  2. Cassandra

    Bonjour Brice,

    J’aime beaucoup vos billets et comme Caroline, je me demandais quand le second tome de votre livre allait être publié. J’ai une réponse à présent! Hâte de me le procurer.

    J’ai acheté votre livre pour Noël après avoir découvert un article sur vous.

    Je l’ai ensuite prêté à mon fils de 17 ans qui a aussi beaucoup aimé. Il m’a dit qu’il y avait beaucoup de vérités dans ce que vous dites. Il a été très touché par la fin.

    Ca nous a d’ailleurs permis de discuter de son adolescence. On se rend compte de beaucoup de choses. Ca a permis le dialogue. Merci beaucoup pour ça!

    J’attends le second tome avec impatience.

    Cassandra

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