Amour

©Brice Reiter

Concours de nouvelles romantiques/érotiques – La lettre à Mori, Décembre 2016
Du latin Amor pour l’amour, du latin mori pour la mort.
Amor ex mori.

Nouvelle ci-dessous

Je ne sais pas par où commencer. Pour être honnête, j’angoisse. J’ai peur de ce que je vais écrire, de ce que je dois vous avouer. J’ai peur du poids de cette lettre. J’ai peur des mots, mes seuls amis. J’ai peur des larmes qui coulent d’ores et déjà sur la pente de mes joues. J’ai peur des heures qui passent. J’ai peur de manquer quelque chose. De négliger un moment. D’oublier. De t’oublier.

Il est sept heures du matin. Je peine à te laisser là. De toute façon, il est trop tôt ou bien trop tard pour te laisser. Je devrais partir mais je suis fatigué. Je suis fatigué des gens, je suis fatigué de nous, je suis fatigué du monde. Mais je n’y pense plus. Je ne pense qu’à une seule chose. Je pense à ses bras qui m’enlacent. Ses bras réconfortants et chauds. Je pense à la profondeur de ses yeux. Ces abysses de mélancolie, d’histoires, de joie et de peine.

J’aimerais que vous entendiez le bruit de mon psychisme. J’aimerais que vous entendiez le mouvement de mon âme. Le bruit de mon cœur. Ma passion palpitante.

Chaque mot ici est une parcelle de ma peau, un battement de sourcils, le souffle de mon âme, le rien qui m’habite, le tout qui me révolte, me réveille, me fatigue.

Je ne sais pas d’où ça sort. Je ne sais pas d’où ça vient. J’aimerais trouver les mots justes pour vous l’expliquer. J’aimerais retranscrire ce sentiment, cette guerre en moi. Vous dire enfin que tout vient finalement d’elle.

J’ai besoin de boire. J’engloutis la fin d’une bouteille de vin rouge.
Mon esprit s’émerveille, mon cœur s’accélère, mon âme se confie.

Les arpèges d’une musique au piano retentissent dans ma tête. Ma vue se trouble. Mes mains tremblent. Mon âme parle, mon cœur répond.

Ca y est, il est l’heure. Je vais tout vous dire.

Je suis fou. Un fou pas très intelligent mais un fou lucide. J’ai passé mon temps à chercher des réponses, à apprendre des choses inutiles, à faire des bonnes et des mauvaises choses. J’ai passé mon temps à me questionner sur l’amour aussi. J’ai trouvé si peu de réponses que ça en est devenu une négation et une mythologie pour moi. Un artefact. Une icône inventée par quelques individus déboussolés. Peut-être par trop d’individus d’ailleurs.

J’ai souvent marché seul, levant la tête pour sourire, la baissant pour pleurer. Fatigué par ma propre personne. Fatigué par ce moi instable et mélancolique de rien. Nostalgique de moments révolus. Ce moi jaloux de tout.

J’ai pris beaucoup de temps pour réaliser. J’ai essayé de nombreuses fois. J’ai essayé de comprendre pourquoi ça ne marchait pas. Pourquoi mon cœur ne s’ouvrait à personne. Pourquoi j’étais tellement hermétique à toutes ces initiatives.

Puis on oublie pourquoi. On ne pose plus de questions. On oublie qui on est. On a froid. On se recroqueville. On se met en boule et on disparaît, on se cache, on se protège du monde.

Néanmoins, dans ce mirage de fantômes, il y a eu cette lueur, cette flamme qui dansait au loin et qui me réchauffait depuis longtemps, tièdement.

Cette flamme, cette lueur, c’était elle.

Je me souviens quand elle est venue vers moi la première fois. Elle m’a dit qu’elle m’aimait, sans trop savoir, peut-être juste pour essayer. Elle a voulu que l’on se voie, un peu, puis souvent. J’avais refusé par peur, par méfiance, par connaissance de qui je suis.

Finalement, j’ai accepté par peur et par méfiance aussi. Je me souviens l’angoisse. Je me souviens de son premier sourire. Je me souviens de la première étreinte. Je me souviens des premiers mots.

Je me souviens de tout, du début jusqu’à maintenant. De la première fois où j’ai vu son visage. Elle remettait sa mèche de cheveux pour me séduire. Elle souriait gênée. J’étais surpris et amusé.

Les années ont passées depuis ces premiers moments. Depuis cette rencontre au hasard. Depuis ce clin d’œil du destin.

Nous avons beaucoup discuté. De tout. Je me suis confié à elle comme je ne m’étais jamais confié à personne. Je n’ai jamais su pourquoi elle avait eu le droit de tout savoir, de savoir ce que je pensais. Je n’ai jamais su pourquoi j’avais également eu le droit de tout savoir sur elle. Il y avait cette alchimie commune et inexplicable qui nous rassurait.

Cet échange de confidence m’a donné foi en quelque chose. En quelqu’un. J’avais de nouveau confiance. J’avais de nouveau de la force et de l’enthousiasme pour les choses.

Il s’est passé des mois depuis ce jour, depuis notre rencontre. Je suis devenu fou d’elle. Je me pensais être l’une de ses extensions vitales. J’étais à elle comme elle était à moi. Je ne pouvais pas laisser cette place à quelqu’un d’autre, ça m’aurait tué.

J’ai un peu du mal à mettre des mots sur mes sentiments et mes émotions mais j’y arrive. Ne vous inquiétez pas.

Le jour de notre rencontre, tout est devenu clair pour moi. Elle n’était pas une simple confidente ou une amie. Elle était devenue ma réalité, mon sourire, mes yeux. Elle était moi, elle était à moi.

J’ai mis du temps pour réaliser ce que je ressentais pour elle. Quand on aime vraiment quelqu’un, on ne peut pas le dire facilement. On a peur. On doute. J’ai pleuré pour elle.

Pendant plusieurs jours, je suis resté dans mon lit. J’étais asthénique et amorphe. J’avais perdu quelque chose de moi, une part d’innocence. Je pensais que c’était juste une phase. Puis j’ai compris que je n’avais rien perdu. J’étais seulement passionné et amoureux.

Je ne parle pas ici d’un amour d’adolescents. Non, je parle ici d’un amour qui vous déchire le cœur et vous poignarde l’âme.

Je ne sais pas comment cela est arrivé et pourquoi cela s’est passé. Je sais juste que c’est elle. Chaque moment où l’on se sépare, je perds pied et je sombre dans un espèce de tourment où tout devient sombre et sans goût. Je suis vide, seul et abandonné.

Quand elle souffrait, je souffrais deux fois plus.
Quand elle pleurait, mon âme pleurait deux fois plus.
Quand elle allait mal, j’allais encore plus mal.

Elle était le métronome de ma vie. Elle lui donnait du rythme. Elle lui donnait le bon tempo. Elle était cette mesure qui régulait mes pensées.

Je t’aimais.

Il n’y avait pas d’obstacles, il n’y avait pas d’adversaires. Le seul ennemi c’était moi et tu ne l’as pas vu venir.

Tu doutais de moi, j’avais peur de ça. J’avais besoin de te voir tous les jours. J’avais besoin de te savoir heureuse. J’avais besoin de savoir que tu m’aimais. J’avais besoin de savoir que tu n’étais pas énervée contre moi.

Je ne pouvais plus dormir à l’idée que tu me détestais ou que tu ne m’appréciais pas.

Tu ne savais pas de quoi demain allait être fait. J’avais peur de te perdre. Que tu partes pour quelqu’un d’autre.

Je voulais être le seul à te regarder dormir et savoir que tout allait bien.

Je voulais que tu n’oublies jamais tout ce que j’avais fait pour toi.

Je voulais être avec toi toute cette putain de vie.

Jamais, j’ai voulu te faire du mal. Jamais.

J’avais besoin d’en avoir le cœur net. Tout le temps, j’avais besoin de savoir si ce que je te disais était réciproque. J’avais peur aussi, parce que je savais que je ne méritais pas ton amour. J’ai réalisé que j’étais amoureux et j’ai pris peur.

Je voulais que tu te saches de tout ça. Je ne savais pas comment te prouver mon amour, la force de mon amour.

Je sais que je suis loin d’être parfait. Je sais que c’est étrange. Mais, en fait, non, c’est le point d’orgue de l’amour.

Mais l’amour punit car il est fait de tellement de vices.

Il y a encore quelques minutes, tu étais là avec moi. Nous étions l’un dans l’autre. Tes lèvres qui se déliaient d’un éclat lumineux sur mon sexe. Ton regard se levait vers moi. Tu saisissais la lueur de mon plaisir comme les astronautes attrapent les étoiles. Tu avais la peau brulée à force de caresses mais tu aimais ça. Je me souviens coller ton corps contre mon cœur saisissant ton pétillant palpitant, nos langues réveillant nos papilles, nos regards relâchant nos pupilles. Je me souviens t’assiéger d’assauts délicieux, de mes mouvements teintés d’un lyrisme pervers, vivant cet exaltant rêve jusqu’au matin. A l’aube, je me retirais de toi, me laissant vide. Je regardai ta gorge rouge, ton visage figé, surpris et inerte, ne restant dans cette ultime acte seulement des souvenirs à éteindre. Tu n’appartiendrais à plus personne d’autre à présent. Seulement à moi et pour toujours.

L’amour punit. J’aurais voulu que ça finisse autrement.

Maintenant, je regarde ton corps immobile et encore tiède en écrivant ces derniers mots.

Je respire mieux à présent. Je me souviens de quand tu me souriais et me murmurait je t’aime dans l’oreille.

J’aimais tout de toi. J’aimais quand tu étais maladroite. J’aimais quand tu portais mes habits. J’aimais quand tu dormais et que tout allait bien. J’aimais ce que tu faisais pour moi.

Je voulais te remercier pour toutes les choses que tu avais faites à mon égard.

Je voulais te remercier pour ton aide, pour ton soutien. Je voulais te remercier d’avoir cru en nous dès le début. Tu n’avais jamais cessé d’y croire. Moi non plus.

Je voulais te remercier de m’avoir aimé comme tu l’as fait chaque jour. Je n’ai jamais vécu une chose aussi importante dans ma vie. Je voulais que tu saches que tu n’as plus à t’inquiéter à propos de moi à présent. Il n’y a qu’une seule chose qui compte. C’est toi. Notre histoire est unique. Notre couple ne ressemble à aucun autre.

J’arrive à présent. Je te rejoins là où tu es.

A toute de suite,

Mon Amour.