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[Humeur] Tous différents mais tous ensemble

Tous différents mais tous ensemble.

On nous a beaucoup parlé de l’autre comme un ennemi. On nous en a parlé beaucoup trop. A tous les moments de notre existence, nous sommes confrontés à autrui. A notre voisin de classe ou de palier, à celui devant nous dans la queue du supermarché, à cet automobiliste qui nous double sur l’autoroute, à cette personne assise sur le même banc que nous.

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©Brice Reiter

On se juge, on se regarde, on se compare, telle est notre société de l’image, notre civilisation de la comparaison.

Le monde d’aujourd’hui ressemble à ce schéma simple que l’on s’est tous imposé à un moment de notre vie : celui de nous et des autres. Nous, c’est à dire soi, soi-même, notre personne face aux autres.

Du plus simple jeu de l’école maternelle, à notre ascension dans le système scolaire (primaire, secondaire, universitaire), nous avons toujours été confrontés à l’autre. L’autre, cet adversaire, cet ennemi (juré ou non), l’autre qui a pris, prend ou pourrait prendre votre place, votre boulot, votre retraite. Oui, nous avons tout de suite appris la compétition avant même d’apprendre l’altruisme, la générosité, l’amour et le partage.

Trop longtemps aussi, nous avons cru que la somme des égoïsmes faisait progresser la société.

Cela a marché un moment, c’est vrai, mais nous remarquons aujourd’hui que notre individualisme a malheureusement atteint sa limite. Notre confrontation à l’autre n’évolue plus. Non, elle nous abrutit, nous met en colère, nous désole, nous attriste, nous déprime et nourrit une haine inutile.

Il n’existe pas de paix pour tous si l’on fait l’action de la haine à chacun.

Jetez un oeil à notre écologie, à notre économie, à notre système social, à notre monde en général. Mais pas seulement, regardez aussi ceux-là : jaloux de celui qui réussit, de celui qui aime, de celui qui possède plus, de celui qui a un salaire plus important, qui a une santé plus solide. Nous évoluons dans une société de la frustration et d’une haine maladive, une société de la déception, une société de l’indignation qui cherche un responsable.

A défaut du profit, l’égoïsme des uns a détruit la vie des autres, celle des humains, des animaux et de la nature.

Nos jalousies, nos ambitions et cet appât du gain ont verni le tableau d’une peinture morose et terne auquel nous continuons à ajouter de fades couleurs.

Depuis notre plus jeune âge, on nous a appris cette envie de réussir, de progresser, de se confronter. On s’est armé d’intelligence et d’une culture propre à soi à travers nos diverses écoles (celle de notre ville, celle de la vie, celle de la rue). De ce fait, chacun est unique, doté d’une personnalité et d’une culture teintée de convictions, de volontés et d’idées.

Il y a ces aphorismes idiots – et ces vents dans nos vies – qui nous rappellent que l’Homme est fait pour lutter contre l’homme et que la vie, la vôtre, la nôtre, est un perpétuel combat pour survivre ou qu’il faut lutter contre l’autre car il représente un danger nuisible, latent et probable.

Mais ce sont les ombres de la caverne : c’est que l’on croit voir et connaître sans être sorti pour vérifier. L’un est ennemi de l’autre qu’à partir du moment où vous le voyez comme un adversaire, alors qu’il est celui qui vous aide à être la personne que vous êtes, à vous mouvoir, à exister et vivre en parfaite harmonie.

Mais encore faut-il sortir de sa caverne pour le voir…

Encore faut-il apaiser sa peur pour comprendre et jouir de cet subsistance…

La Nature nous le prouve d’ailleurs assez bien. Le jour où les richesses qu’elle nous offre disparaîtront, nous ne serons plus rien.

Rappelez-vous aussi que, tout ce que vous prenez pour vous sera arraché à quelqu’un d’autre. Le coût de votre vie entraîne la mort d’un autre. Voilà ce que notre société si intelligente a fini par construire après tant d’années, par manque de partage, de générosité et d’altruisme. C’est pourquoi notre système est si déséquilibré, car certains prennent plus que d’autre.

Dans notre grande lutte pour le progrès, l’envie de s’enrichir et l’envie de réussir, nous avons aussi oublié la chose la plus élémentaire : nous sommes des humains, ce qui signifie que, par nature, nous sommes soumis à des besoins, – alimentaire, d’abord. Dès lors, nous sommes esclave de la Nature, qui nous nourrit, étanche notre soif et nous permet de vivre sur une planète où les températures sont toujours adéquates à notre corps.

Mais pour encore combien de temps ?

Et, à cette réflexion, ajoutons y les arbres, les champs, les fruits, les animaux…

Où serons-nous lorsque tout ceci aura disparu ?

De par notre corps, nous sommes soumis à cette lutte de survie permanente. Mais encore, aujourd’hui, nous continuons à penser que seuls les plus forts continueront à vivre.

N’est-ce pas l’idée du progrès que l’on nous a donné à croire depuis tant d’années ?

Cette sinistre idée du darwinisme rappelle la victoire des plus forts face aux plus faibles, rappelle que la survie est l’élimination des faibles au profit des plus forts… que du coup, logiquement, la réussite des uns se fait au dépit des autres, c’est à dire : la misère des uns au dépit du confort et la sécurité des autres…

Mais, comme pour la Nature, que deviendront ces égoïstes quand les autres auront disparu?

Voilà donc, leur grande négligence… L’abandon de l’autre pour leur propre survie… Le paroxysme de l’égoïsme, un égoïsme qui ne fonctionne plus. Car oui, sans la Nature, sans l’autre, nous ne sommes rien. Aujourd’hui, il ne faut plus lutter pour vivre, il faut s’allier à tous et à chacun, à tous les niveaux, à la Nature, à l’autre, à nos voisins pour continuer à vivre pleinement…

Voilà, où notre intelligence devrait nous amener : c’est à dire loin de la division, du profit personnel, de la fermeture de nos frontières… Il faut s’ouvrir plus pour s’allier à tous et se nourrir des uns et des autres. Seul le partage crée la richesse et le progrès, pas l’inverse. C’est la seule économie pérenne et légitime de nos jours.

La richesse vient de l’autre. L’amour n’existe que par la présence de quelqu’un d’autre tandis que la haine rejette, repousse et nous fait perdre. Alors oui : malheur à l’égoïste, malheur aux racistes, malheur à celui qui profite des autres, malheur à celui qui ferme nos frontières, malheur à ceux qui s’enrichissent du travail des autres, malheur à celui qui est seul!

Ils sont si nombreux à se croire protégé de tout, dans leur petite vie tranquille loin de rien, dans leurs espaces fermés, dans leurs tours de verre à ciel ouvert, dans leurs châteaux de pailles ou leurs studios de béton, riches puissants ou puissants haineux, égoïstes illuminés ou hommes endormis, marchands de sommeil ou effrayés en colère, mais souvenez vous que, ce qui leur permet cet intime confort, illusion diaphane d’un jour qui se couche, ne leur est permis que par l’action de ceux qu’ils souhaitent abandonner, dégager et négliger. Je ne parle pas seulement d’individus et de personnes, je parle aussi de l’environnement, du ciel aux dessus de leurs bâtisses, des champs et mers d’un territoire qui se fane, mendie la vie et s’affaiblie de cette haine et négligence pour les autres et pour eux.

Ne soyons pas bêtes, c’est pourtant si simple à comprendre : retirez votre foie ou votre estomac ou votre coeur ou votre cerveau et votre corps tombera, flasque et inerte. Nous fonctionnons par l’union d’un tout, non pas l’activité d’un seul ou de quelques uns.

La vie fonctionne comme une cité où tous, les uns et les autres, s’associent dans une solidarité et dans une union parfaite, où tout le monde est mis sur le même piédestal.

C’est aussi là que l’idée de fraternité se renforce, à l’image d’un grand frère et d’une petite soeur, où le plus fort ou le plus grand devient par son statut le protecteur ou le garant du plus faible. Mais là aussi d’ailleurs, ils ont été mauvais dans le fait d’éduquer le dévouement, la solidarité et le partage. Nous avons besoin d’exemple de bienveillance, non pas d’escroquerie.

Oui, c’est vrai que nous accueillons beaucoup mais on hait ceux à qui nous avons ouvert la porte, alors qu’ils ont tellement à offrir à notre propre survie, confort, sécurité. Ils nous amènent de la richesse par leur savoir et leur culture alors que ceux qui nous respectent, ces piètres élus, nous volent et nous répriment.

Alors oui, la vie est union plus qu’amour, et nous l’avons trop souvent oublié. La loi de la vie c’est les uns avec les autres, aussi différents sommes-nous….

Attachons nous à la Nature, aux autres et à nous-même, dans le respect, la générosité, l’ouverture, l’honnêteté et le partage.

Choisissons celui qui représente le mieux ces valeurs car sans ça, nous disparaitrons.

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  1. Haumont Gérard

    Bravo Brice,de jolis mots qui renforcent mes convictions personnelles.
    Mais ne crois tu pas qu’un être né ignoble fait aussi partie de mère nature, et, que tes belles phrases jamais il ne les lira .
    Au mieux il le fait, mais en rit..
    Moi je te dis merci du fond du coeur.
    Fraternellement Gérard

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