Mois : juin 2017

[Nouvelle] James Du Candel – Mon premier rencard

James Du Candel est anglais, londonien pour être exact. Il est jeune, trentaine. C’est un entrepreneur, une sorte de marketer de l’extrême, un trend setter comme on dit aussi parfois.
Il est beau, charismatique, mais ça n’a pas toujours été comme ça. Son truc à la lui, c’est la baise. C’est un besoin qu’il aime mettre à la hauteur du besoin alimentaire. C’est son catalyseur à tous les étages de sa vie, surtout professionnelle. Les récits de James Du Candel, ce sont des courts textes de vie quotidienne. C’est tranchant, sexiste, misogyne, insultant et transgressif. C’est une pointe de philosophie bancale dans l’esprit lubrique d’un sex addict sous le masque d’un gentleman. C’est tout ce que l’homme pense, mais ne dit pas, car il y a ce politiquement correct dans le désir qui repose sur la ruse, il y a ce politiquement correct dans l’attraction sexuelle qui repose sur l’hypocrisie et il y a enfin, ce qu’on aime définir parfois comme l’amour, mais qui n’est qu’un artefact qui englobe tout ce simulacre du désir, du sexe et de la déviance. Et dans la tête de James Du Candel, il y a tout ça, mais il le pense haut et fort.

J’étais gamin, genre 13, 14 piges, dans ces eaux-là. J’étais au collège. Mon visage ressemblait à une pizza Margherita moitié cuite et mon sourire faisait pâlir les ferrailleurs les plus chevronnés. Ma voix passait d’une octave petite fillette à une octave fumeur de cigares récidiviste du cancer de la gorge. Mon entièreté morphologique était un non sens et mon attitude personnelle se situait entre le « j’essaie quelque chose » et le « arrête tout, tu perds ton temps ». J’étais dans le bouquet final de l’adolescence, mais je ne resplendissais pas comme un feu d’artifice. En fait, j’effrayais surtout à cause de ces purulentes et suintantes coulées récurrentes de comédons blancs cassés qui s’écoulaient sur mon visage, de mes cheveux gras et des miettes de pain mouillés coincées dans les bagues de mon appareil dentaire.
Mais, même avec tout ça, vous savez quoi ?
J’ai eu ce premier rencard.
CUMSHOT !

Milk splash, blue background

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[Nouvelle] Comme un fantôme

Il cachait son visage dans ses mains, l’échine courbée et ne cessait de répéter : « Je cherche, je cherche juste un endroit où aller, juste un endroit où elle ne sera plus là, à me poursuivre, comme un fantôme. »

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Tout a commencé il y a deux ans lorsque Madame Bailey lui a gentiment serré la main après une rapide consultation dans son cabinet. Monsieur Graham est avocat, ça fait maintenant trente ans. Il officie dans ce même bureau, avec toujours cette identique lampe en marbre et fer doré, son presse-papier rouge, ses bric et broc inutiles et ses étagères remplies de bouquins de lois. Il passe des heures ici, derrière des piles de dossiers à régler des affaires diverses : cas de divorce, recouvrements de dettes, délits mineurs et de nombreux cas sans réelle importance. Il en a fait sa routine : chaque jour, de 8h à 20h. Il se repose que le dimanche. Il n’a ni femme, ni enfant. Il va voir sa mère parfois, tous les deux mois et pour Noël. Sinon, il s’accorde deux semaines de vacances par an, à la montagne, chez un vieil ami.

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[Nouvelle] Inerte

Je l’aime.

Je l’aime et je me demande si elle le voit. Je me demande si elle peut apercevoir les mots que mes yeux retiennent. Je me demande si elle peut sentir les frissons qui parcourent l’écorce de mes membres endormis lorsqu’elle s’approche de moi.

Je l’aime, j’aimerais lui dire et je vais le faire.

Maintenant !

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L’articulation de l’imaginaire

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Parfois, je me sens comme Thomas Wolfe à écrire dix mille mots en deux jours. Parfois, je me sens comme J.K Toole, l’auteur de La Conjuration des imbéciles. Pour moi, écrire, c’est un sport au quotidien. Il muscle mon cerveau et développe mon imaginaire.

C’est quarante derniers jours, j’ai écrit autant que j’ai pu le faire ces deux dernières années. Hier, par amusement ou curiosité, je me demandais combien de mots contenait le roman A La Recherche Du Temps Perdu de Marcel Proust. Il contient 1,5 million de mots, soit sept volumes, écrit sur une quinzaine d’années.

Dans une semaine, si je tiens la cadence de mes 40 derniers jours, j’aurais terminé un projet qui fera au total un peu plus de 120 000 mots. Il me faudrait un an à cette cadence là pour écrire autant que Marcel Proust l’a fait entre 1913 et 1927.

Bien sûr, tout ceci n’est qu’un calcul. Marcel Proust a retravaillé ses textes de nombreuses fois, ajoutant des artifices, des décors, des images, des descriptions. Il écrivait d’autres romans en même temps. Ces 15 années sont justifiées.

Je ne me compare pas à Marcel Proust, ni à Tolstoï, ni à Dumas en terme de longueurs de texte. Je réfléchis au rapport du cerveau à produire de l’imaginaire. L’écriture est un art brut, pur, qui ne copie ou ne vole rien. A partir du moment où vous assemblez des mots pour en faire une phrase, elle est unique. A partir du moment où vos phrases forment un paragraphe et vos paragraphes une histoire, cette histoire est unique, c’est une pièce de l’imaginaire, c’est de l’art, au sens qu’Hegel le donnait.

Produire un texte à partir de sa propre imagination, sans regarder ici ou là, sans s’inspirer ou tirer profit d’une quelconque idée déjà vue, c’est de l’art, puisqu’au final, ça vient ex nihilo.

Ecrire, c’est une histoire de sueur, de souffrance, un voyage vers le ça. C’est réfléchir dans la brume et marcher vers un paysage que l’on imagine. C’est solliciter cette substance auto régénératrice d’histoires que produit ce feu en nous.

Je fais souvent l’exercice de ne rien prendre en photo, de ne rien enregistrer de ce que je vis, de ce que je vois. J’ai trop peur que ces enregistrements physiques anesthésient ma force créatrice. Je pense, mais c’est mon opinion, que la pratique de mémorisation nourrit et cultive notre imagination. Bien sûr, il y aura des flous dans ces souvenirs, mais ces flous sont ce qui nous amènera vers de nouveaux horizons, de nouvelles idées, car l’effort de se remémorer active et articule notre imaginaire. C’est en réfléchissant la création que l’on créé.

Souvenons-nous aussi que notre cerveau est lié au coeur, nos yeux aux cerveau. Nos mains sont liés à notre ventre, nos oreilles à notre langue. Il faut ressentir dans le ventre, dans les yeux, dans le coeur pour produire avec le cerveau. L’imagination ne vient pas seulement de notre tête, l’imagination vient de ce que notre corps enregistre en permanence, c’est pourquoi il faut le laisser se souvenir en permanence, il faut tout enregistrer soi même, par le regard, le toucher, le goût, le son, le coeur. Ce ne sont pas seulement des membres ou des organes ce sont des capteurs qui nourrissent et articulent le futur de nos créations, de notre imaginaire.

Je fais cette réflexion car je me demande souvent d’où cela vient. D’où viennent ces poésies spontanées que j’écris, ces histoires qui me sautent au cou comme une femme amoureuse. Je pense parfois à ce monde des Idées que soulevait Platon. Nous l’avons tout traversé, nous avons baigné dedans. La mémoire est quelque chose d’incroyable autant pour sa relation avec l’âme mais surtout avec le monde.

A force de capter, saisir et enregistrer, on ressent beaucoup, on ressent plus. J’ai même le sentiment aujourd’hui que je peux sentir des choses que je ne vois avant même qu’elle s’énonce ou s’explicite. C’est une articulation permanente, un jeu de sens, un dialogue avec le monde, comme une vision.

Et aujourd’hui, j’essaie d’aller plus loin.

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