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Parfois, je me sens comme Thomas Wolfe à écrire dix mille mots en deux jours. Parfois, je me sens comme J.K Toole, l’auteur de La Conjuration des imbéciles. Pour moi, écrire, c’est un sport au quotidien. Il muscle mon cerveau et développe mon imaginaire.

C’est quarante derniers jours, j’ai écrit autant que j’ai pu le faire ces deux dernières années. Hier, par amusement ou curiosité, je me demandais combien de mots contenait le roman A La Recherche Du Temps Perdu de Marcel Proust. Il contient 1,5 million de mots, soit sept volumes, écrit sur une quinzaine d’années.

Dans une semaine, si je tiens la cadence de mes 40 derniers jours, j’aurais terminé un projet qui fera au total un peu plus de 120 000 mots. Il me faudrait un an à cette cadence là pour écrire autant que Marcel Proust l’a fait entre 1913 et 1927.

Bien sûr, tout ceci n’est qu’un calcul. Marcel Proust a retravaillé ses textes de nombreuses fois, ajoutant des artifices, des décors, des images, des descriptions. Il écrivait d’autres romans en même temps. Ces 15 années sont justifiées.

Je ne me compare pas à Marcel Proust, ni à Tolstoï, ni à Dumas en terme de longueurs de texte. Je réfléchis au rapport du cerveau à produire de l’imaginaire. L’écriture est un art brut, pur, qui ne copie ou ne vole rien. A partir du moment où vous assemblez des mots pour en faire une phrase, elle est unique. A partir du moment où vos phrases forment un paragraphe et vos paragraphes une histoire, cette histoire est unique, c’est une pièce de l’imaginaire, c’est de l’art, au sens qu’Hegel le donnait.

Produire un texte à partir de sa propre imagination, sans regarder ici ou là, sans s’inspirer ou tirer profit d’une quelconque idée déjà vue, c’est de l’art, puisqu’au final, ça vient ex nihilo.

Ecrire, c’est une histoire de sueur, de souffrance, un voyage vers le ça. C’est réfléchir dans la brume et marcher vers un paysage que l’on imagine. C’est solliciter cette substance auto régénératrice d’histoires que produit ce feu en nous.

Je fais souvent l’exercice de ne rien prendre en photo, de ne rien enregistrer de ce que je vis, de ce que je vois. J’ai trop peur que ces enregistrements physiques anesthésient ma force créatrice. Je pense, mais c’est mon opinion, que la pratique de mémorisation nourrit et cultive notre imagination. Bien sûr, il y aura des flous dans ces souvenirs, mais ces flous sont ce qui nous amènera vers de nouveaux horizons, de nouvelles idées, car l’effort de se remémorer active et articule notre imaginaire. C’est en réfléchissant la création que l’on créé.

Souvenons-nous aussi que notre cerveau est lié au coeur, nos yeux aux cerveau. Nos mains sont liés à notre ventre, nos oreilles à notre langue. Il faut ressentir dans le ventre, dans les yeux, dans le coeur pour produire avec le cerveau. L’imagination ne vient pas seulement de notre tête, l’imagination vient de ce que notre corps enregistre en permanence, c’est pourquoi il faut le laisser se souvenir en permanence, il faut tout enregistrer soi même, par le regard, le toucher, le goût, le son, le coeur. Ce ne sont pas seulement des membres ou des organes ce sont des capteurs qui nourrissent et articulent le futur de nos créations, de notre imaginaire.

Je fais cette réflexion car je me demande souvent d’où cela vient. D’où viennent ces poésies spontanées que j’écris, ces histoires qui me sautent au cou comme une femme amoureuse. Je pense parfois à ce monde des Idées que soulevait Platon. Nous l’avons tout traversé, nous avons baigné dedans. La mémoire est quelque chose d’incroyable autant pour sa relation avec l’âme mais surtout avec le monde.

A force de capter, saisir et enregistrer, on ressent beaucoup, on ressent plus. J’ai même le sentiment aujourd’hui que je peux sentir des choses que je ne vois avant même qu’elle s’énonce ou s’explicite. C’est une articulation permanente, un jeu de sens, un dialogue avec le monde, comme une vision.

Et aujourd’hui, j’essaie d’aller plus loin.