Né d’un triste mélange entre le râle d’une féministe et l’envie d’exister, la blogueuse a aujourd’hui un niveau de reconnaissance de ses pairs qui tend à objectiver et légitimer sa pratique pernicieuse puisqu’inutile.

Qui sont-elles ?

800px-John_William_Waterhouse_-_Echo_and_Narcissus_-_Google_Art_Project

Voilà plusieurs années maintenant que des collégiennes/lycéennes en manque de reconnaissance ont monté des blogs dit de “mode” afin de partager quotidiennement leur voilà-comment-je-m’habille à ce qu’elles croient être une audience mondiale, mais à ce qui est généralement qu’une niche d’autres étudiantes en manque d’existence et de paraître.

Mode ou egotrip ?

A l’époque, nous pensions que les blogs de mode étaient des sites web où certaines passionnées des fashion week se transformaient en critiques de l’actualité des grandes maisons de couture ou des petits designers et créateurs. Ô d’illusion quand nous avons finalement remarqué que ces blogs n’étaient que des myriades de posts et photos egolâtres de petites filles en phase d’émancipation, une espèce de recette bancale entre le journal intime et le catalogue La Redoute.

Aujourd’hui, l’alchimie est la même avec une caractéristique supplémentaire, celui du réseau social. Alors qu’auparavant, l’audience de ces blogueuses s’arrêtait à leur village de campagne, elles peuvent aujourd’hui au grand désespoir de l’élitisme culturel et au grand bonheur de Blogspot booster leur audience grâce à Facebook, Twitter, Pinterest et surtout Instagram.

Mais voilà… alors que l’instrumentalisation de ces outils de diffusion aurait pu être intéressante afin d’éduquer le profane de ce qu’est l’art du point de croix, ces jeunes prêtresses du maquillage ont préféré devenir des affiches publicitaires plutôt que les apôtres d’un savoir réservé à cette caste d’anachorètes de la mode.

Lorsqu’il a fallu choisir entre l’intéressant et l’intérêt, l’ensemble des blogueuses ont choisi l’intérêt et le consumérisme. Pensant agir pour une cause juste et authentique, celle de la mode (sic!), elles ne servent finalement que leur propre cause, leur propre personne, c’est à dire celui de leur propre ego.

La blogueuse, esclave de son existence

Esclave de son être (autant que des tendances), la blogueuse pense être intéressante car soumise chaque saison au renouveau. Elle n’est finalement qu’un modèle standard et plastique sur lequel on change de couleurs et de formes. C’est la société marchande et le marketing auxquelles elle se soumet quotidiennement qui définit ses mœurs, ses envies et ses humeurs.

Où faut-il partir en voyage ? En Thaïlande.
Que faut-il manger ? Du Quinoia.
Que faut-il boire ? Du Bubble Tea.

La blogueuse est un être dominé et habité par la force d’inertie de la consommation. Alors qu’elle pense partager des vêtements, prescrire des tendances, conseiller un public, elle n’est finalement que le mannequin de la vitrine. Elle ne s’habille pas, elle est habillée par la société marchande, le marketing.

La blogueuse est formatée. Chaque publication sur son blog ou sur son réseau social lui fait croire qu’elle est originale, mais elle n’est pas seule, car elle n’est qu’une copie, d’une copie, d’une copie… La somme de tout ce mimétisme commun représente finalement qu’un vide uniforme.

Le problème est qu’elle s’auto valorise en permanence afin de continuer à croire que leur pratique a du sens, échappant à la réalité et continuant à nourrir de rien le grand espace disponible d’autres cerveaux.

La blogueuse et ses lectrices

“ Comment est-ce que tu éclaircit encore plus tes pointes après la décoloration pour les avoir très blonde? ” —  Commentaire tiré d’un blog mode (avec la faute d’orthographe.)

Dans un souci de mimétisme encore plus prononcé, les lectrices des blogueuses posent parfois (souvent!) des questions. Figure parfaite de la superficialité et du consumérisme, la lectrice se rapporte à la blogueuse comme une valeur propre activant de ce fait la perte totale d’individualisme et de personnalité. La lectrice ne crée finalement jamais rien, elle se recrée au travers de sa blogueuse favorite et des articles de blog.

La blogueuse et la publicité

Le Saint Graal de toute bonne blogueuse est d’obtenir des partenariats ou faire du sponsoring. Quoi de mieux que la valorisation (à défaut de la ”reconnaissance”) de son travail par une marque que l’on affectionne. Les marketers l’ont bien compris : il faut tendre la carotte pour faire avancer l’âne. Dès lors, les publications personnelles et narcissiques deviennent petit à petit des publications sous le jonc du sponsoring, transformant son blog en l’espace publicitaire d’une marque, alors que le blog était auparavant l’espace publicitaire de la blogueuse elle-même.

Il est intéressant de remarquer ces deux schèmes marchands.

Le blog est d’abord l’espace marchand d’une existence. Si la blogueuse se vend bien, le blog devient l’espace marchand d’une marque. La blogueuse, d’une manière ou d’une autre, est inévitablement une marchandise. Et c’est justement dans cet échange (marchand) que la blogueuse réalise sa valeur (marchande).

N’est ce pas finalement une métaphore de la prostitution ?

La blogueuse et son image

La blogueuse ressemble à sa photo, c’est à dire la représentation de ce qu’elle aimerait être. De ce fait, elle se matérialise à travers l’image et affirme davantage sa superficialité. Tandis qu’elle pensait capturer un moment, elle ne fait que cristalliser l’essence de sa moins-que-vie. Après divers calculs, divers essais d’angles de prise de vue, diverses postures photographiques, elle arrive enfin à un résultant “concluant” (pour elle même) lorsque toutes ces mythologies et croyances se retrouvent en parfaite symbiose.

Comprenez ici : lorsqu’elle se trouve enfin belle.

Malheureusement, l’essai est un raté perpétuel. Tant bien l’effort d’être original aurait été tenté, la blogueuse continue inlassablement à représenter par la photo son néant créatif. Alors qu’elle pensait saisir le particulier ou l’unique, elle (re)plonge continuellement dans le déjà vu. Allez donc voir un peu leur blog et leur Instagram… Tous les mêmes.

Cependant, elle n’avouera jamais, parce qu’elle en est pas consciente, car elle n’a d’yeux que pour elle. La blogueuse ne vit qu’avec la propre représentation qu’elle se fait d’elle-même. Elle vit finalement dans son propre autisme : elle et le monde qu’elle se représente.

La blogueuse n’a donc jamais rien d’authentique. Elle est l’antithèse de l’originalité. La figure du banal. La représentation du tout.

Conclusion ?

La façon d’être de la blogueuse est en définitive de n’être rien.